la téléphonie mobile, est dyslexique, tout comme
Charles Schwab, le fondateur de la firme de courtage qui porte son nom.
Professeure dans une école de commerce,
Julie Logan a fait récemment une étude auprès de
propriétaires de petites entreprises américaines,
et elle a constaté que 35 d’entre eux souffraient
de dyslexie. Ce handicap est pourtant considéré
comme lourd, du moins assez pour empêcher la
personne qui en souffre d’évoluer normalement
dans la société. Alors, comment les Schwab,
Branson, McCaw et autres Orfalea ont-ils fait
pour briller à ce point? C’est, selon Carnegie,
qu’ils ont réussi à surmonter leur handicap, de la
même manière que les pauvres réussissent à
s’élever au-dessus de leur rang social.
En raison de leurs problèmes de lecture et
d’écriture, ces leaders ont dû devenir experts en
résolution de problèmes et en communication
orale, et ils ont appris très vite à déléguer des
tâches, puisqu’il étaient, entre autres, obligés de
s’appuyer sur les autres pour l’écrit. Une étude
britannique montre que 80 des entrepreneurs
dyslexiques ont été capitaines d’une équipe
sportive à l’école secondaire, un pourcentage qui
tombe à 27 chez les non-dyslexiques. Les dyslexiques ont compensé leurs lacunes scolaires en
développant au maximum leurs talents relation-nels, ce qui leur a procuré un avantage indéniable
quand ils ont intégré le marché du travail. « Je
n’avais aucune confiance en moi durant ma jeunesse, et ça m’a bien servi par la suite. À force de
se heurter à des murs, on apprend à trouver sa
propre voie », a dit à ce sujet Orfalea.
Les modèles d’interprétation selon lesquels
les individus compensent leurs déficiences
contredisent donc la théorie de la sélection na-turelle de Darwin, qui affirme que les forts deviennent plus puissants alors que les plus faibles
déclinent inexorablement. On nous a convaincus
que la route du succès passe nécessairement par
une scolarisation optimale : les meilleures écoles,
des professeurs émérites, de petites classes, des
locaux pimpants, etc. Pourtant, un seul coup
d’oeil sur les résultats d’enfants d’autres pays —
souvent supérieurs à leurs homologues américains en dépit des salles de classe bondées, de
budgets étriqués et de locaux vétustes et décré-pits — nous force à nous demander si ce concept
de capitalisation des avantages n’est pas tout
aussi simpliste que la théorie de l’avantage des
désavantages postulée par Carnegie.
L’erreur Catchings
E. J. Kahn, dans son portrait de Weinberg, raconte l’histoire d’une retraite de cadres organi-sée par Averell Harriman à son centre de ski de
Sun Valley, dans l’État de l’Idaho. Weinberg y
participait même s’il n’avait jamais skié de sa vie :
« Plusieurs dirigeants parièrent 25 dollars qu’il
serait incapable de descendre la pente la plus
abrupte de la station. » À l’aube de la cinquan-taine, Weinberg ne se déroba pas et accepta le
défi : « J’ai approché un instructeur nommé Franz
ou Fritz quelque chose pour qu’il me donne un
cours de base durant une demi-heure, à la suite
de quoi je me suis rendu au sommet. Il m’a fallu
une demi-journée pour descendre la piste, j’ai
terminé le parcours sur un seul ski et j’ai été
couvert de bleus pendant les deux semaines suivantes, mais j’ai gagné le pari », a-t-il dit.
Ainsi, dans un cadre idyllique, l’élite blanche
anglo-saxonne de l’Amérique s’amusait, telle
une bande de délinquants juvéniles, à tenter de
tourner le petit juif en dérision, en accord avec la
vague d’antisémitisme qui régnait alors. Vingt
ans plus tard, Weinberg prit une éclatante
revanche en pilotant la première émission
d’actions de Ford, fondée par Henry Ford, un
antisémite notoire. Weinberg avait sans doute
réalisé que la prémisse selon laquelle les juifs
contrôlent complètement le milieu bancaire
s’appuie sur le fait que les juifs sont tout simplement d’excellents banquiers. Par conséquent, le
premier stéréotype est réducteur, alors que le
second est un tremplin apte à attirer de nouveaux
clients. Bref, quand on veut bâtir un empire, il
faut utiliser toutes les ressources disponibles à
son avantage.
En 1918, Henry Goldman, un associé principal de Goldman Sachs, claqua la porte de la
banque d’affaires pour protester contre les
« bons de la Victoire » (Liberty Bonds). Germanophile convaincu, il refusait d’aider les Alliés
durant le conflit — ce qui ne l’empêcha pas,
plus tard, d’acheter un Stradivarius à Yehudi
Menuhin, alors âgé de 25 ans, ainsi qu’un yacht
qu’il offrit à Albert Einstein. Pour le remplacer,
les frères Arthur et Walter Sachs jetèrent leur
dévolu sur un jeune homme du nom de Waddill
Catchings, un ami proche d’Arthur durant
ses années à Harvard. Celui-ci travaillait déjà à
Wall Street, au vénérable cabinet Sullivan &
Cromwell, il possédait une bonne connaissance
du milieu industriel et il avait réorganisé
85
L’avis de
Guylaine
Deschênes
Il y a bel et bien
plusieurs types
d’intelligence,
comme le stipule
Howard Gardner.
Les intelligences
verbales et
logiques, qui
priment dans
le système scolaire,
ne prédisposent
pas au succès
en affaires. D’où
la réussite
remarquable
de certains
dyslexiques.