Leader d’ici
Tous mes amis ont un MBA. Moi pas. J’ai suivi
le conseil de mes parents : après mon bac en éco
nomie à l’Université Bishop’s, j’ai fait mon droit
à McGill. Ils ne m’ont jamais dit d’aller en droit,
mais ils m’ont appris que le succès vient à ceux
qui prennent un autre chemin. Un MBA, c’est
bien ; vous étudiez des cas qui vous préparent à
ce qui vous attend en entreprise. Le droit civil,
c’est autre chose. Vous vous tapez des manuels
arides de 2 000 pages, bourrés de cas archicom
pliqués dont il faut tirer un argumentaire béton
qui tient en cinq minutes.
À Bishop’s, j’ai trouvé des amis pour la vie et
refait le monde autour de plusieurs bières. J’ai
eu du fun À l’Université McGill, je me suis bien
sûr ennuyé de mes amis, mais j’ai appris à pen
ser et à analyser des situations complexes pour
en tirer l’essentiel. McGill a façonné le leader
que je suis. Je n’avais pas un esprit analytique.
Mais à force de discipline, j’ai développé des
habiletés qui m’ont été précieuses comme ges
tionnaire, car je me suis souvent retrouvé en
situation de redressement, où j’ai dû poser des
diagnostics et agir en conséquence.
Le leadership exige de la discipline ; choisir le
droit alors que ses amis prennent le chemin du
MBA en est un exemple. Mais il exige aussi de la
constance. C’est une qualité essentielle qu’on
aborde peu en gestion, et l’un des ingrédients de
mon succès. Plus encore, la constance fait partie
de mes valeurs, tant dans ma vie personnelle que
professionnelle. Je suis marié avec Leesa depuis
38 ans ; j’étais là pour elle hier et je serai là
demain et aprèsdemain. Même chose au travail :
mes employés savent que je serai le même
demain et aprèsdemain.
Le redressement des Alouettes de Montréal
En 1997, j’ai pris la direction d’une organisation
moribonde. Ses revenus ne couvraient même pas
les salaires des joueurs ; pendant un match, j’ai
déjà dû téléphoner à mon patron, Bob Wetenhall,
pour qu’il m’envoie 200 000 afin de payer les
gars le lendemain. Il l’a fait, parce qu’il avait
confiance en moi et savait que j’arriverais à sortir
l’équipe du trou. Il ne me restait qu’à trouver
comment… Investir en publicité n’aurait rien
changé à la situation ; le redressement devait
passer par une autre voie. J’ai donc développé
une vision et un plan de match à court et à moyen
termes. Il allait de soi de rebâtir la base de fans
en misant sur le marché « naturel » anglophone.