Question gestion
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Le pouvoir rend aveugle
Qu’ont en commun l’amour et le pouvoir ? Rien de moins que l’obscurcissement de la raison.
Quand on a du pouvoir, on devient facilement un tyran. Les dictateurs prennent souvent des décisions extrêmes, au détriment
de leur pays ; les gestionnaires sont parfois
accusés de ne pas s’intéresser aux points
de vue de leurs subordonnés ; dans une relation amoureuse, le partenaire dominant est
blâmé pour son insensibilité aux besoins
de l’autre.
Avec des collègues, Adam D. Galinsky,
professeur de gestion à la Kellogg School of
Management, a mis à l’épreuve, au moyen de
cinq études, l’hypothèse selon laquelle les
personnes ayant une position d’autorité
s’appuient trop fortement sur leurs propres
points de vue et sont moins capables de percevoir correctement ceux des autres.
Moi, moi et moi
Les chercheurs ont examiné, à l’aide d’un test
visuel, l’effet du pouvoir sur la capacité
d’adopter le point de vue de quelqu’un d’autre.
Les participants étaient invités à écrire sur
leur front la lettre E, sans miroir. Résultat ?
Ceux qui avaient une position d’autorité
étaient trois fois plus susceptibles que
les autres de tracer un E qui se lisait de leur
propre point de vue.
Empathie et pilotage
Les chercheurs ont aussi découvert que le
pouvoir peut inhiber l’empathie, à savoir la
capacité de percevoir les états émotionnels
d’autrui. Après avoir conféré un pouvoir sup-
plémentaire à certains participants, on leur
a montré 24 images de visages qui expri-
maient le bonheur, la tristesse, la peur ou la
colère, et on leur a demandé d’indiquer
l’émotion exprimée sur chaque image. Au
final, les participants ayant une position
d’autorité ont commis plus d’erreurs que les
autres.
Illustrations : Boris Zaytsev